Ma fille et ses quatre cultures

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Un texte de la collaboratrice Marie-Pier Biron

J’habite depuis 1 an et demi à Singapour, j’ai accouché de ma fille ici en mars dernier. Mon mari et moi sommes un couple mixte. On se demandait donc comment notre fille se définira culturellement. Dans les faits elle a deux passeports, soit Canadien et Français. Elle est toutefois exposée à d’autres cultures. En effet, la culture singapourienne est très mixte, on retrouve des Singapouriens d’origine chinoise, malay et indienne. Ma fille est en fait la définition texto d’une enfant de la troisième culture (Third culture kids), c’est-à-dire des enfants d’expats qui grandissent dans une culture autre que celle des parents.

 

Pour ma part, je suis née à Granby, d’une famille Québécoise. Chez nous, on écoutait Passe-partout, on mangeait du pâté chinois et de la poutine de chez « Ben on se bourre la bédaine », on faisait des batailles de balles de neiges et on écoutait du Marjo! Mon envie de voyager et mon ouverture sur le monde sont arrivés au début de ma vingtaine. Mes expériences de voyages m’ont amené à découvrir d’autres pratiques culturelles et à les intégrer dans ma vie. Toutefois, mon identité culturelle est assez ancrée et claire pour moi.

 

Mon chéri est né à Dakar au Sénégal. Sa maman est Sénégalaise et son papa est français de la Bretagne. Avant l’âge de 5 ans, chéri a habité au Sénégal, en Tunisie et en Égypte car son père était appelé à travailler à l’étranger. Pour lui, la vie d’expat c’est du connu. Chez lui, on mangeait du poulet Yassa, on allait à plage le dimanche, on écoutait radio nostalgie et on parlait français, un peu wolof et un peu arabe à l’âge de 5 ans. Étant métis, il a dû apprendre à faire sa place dans la société en tant qu’homme noir. Il est également, comme ma fille, un enfant de la troisième culture.

 

Notre petite Zoya est née à Singapour dans une famille tri-culturelle. Au quotidien, qu’est-ce que ça implique? On s’est créé un genre de cuture familiale mixte. Par exemple, mon mari et moi on se fait découvrir les classiques du cinéma de nos pays (oui, il a écouté Elvis Graton!). On mange de tout (tant que c’est végan). À la maison, nous parlons français. Zoya apprendra sans aucun doute l’anglais à la garderie ou avec ses amis puisque c’est la langue officielle à Singapour.

 

Elle devra définir elle-même ce qui est important pour elle culturellement. Nous allons continuer à l’exposer à nos cultures multiples en faisant des visites au Sénégal, en Bretagne et au Québec. Nous allons l’accompagner et la soutenir dans sa découverte d’elle-même. Dans la littérature sur les enfants de la troisième culture, on dit que les enfants n’ont pas d’identité culturelle et que ceux-ci vivent des deuils importants à chaque relocalisation. Nous serons extrêmement sensibles au vécu de notre fille dans nos choix. Je crois, toutefois que la culture n’est pas un concept unilatéral, la culture est, à mon sens, dynamique et elle évolue dans le temps. Sa vie ne peut qu’être plus riche et intéressante. Je souhaite qu’elle puisse faire sa place dans un monde, qui sera, je l’espère, inclusif de sa diversité culturelle.

 

 

% commentaires (2)

Bonjour
J’ai lu ton récit très intéressant
Vous avez une belle petite fille
Félicitions à vous deux
Tante Lucille💝💝💝
E

Super texte, je vis un peu la même chose aussi ! Très intéressant ! Merci d’avoir partagé et surtout partage toutes les belles choses du Québec avec ta fille!

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